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Rosa Luxemburg et la spontanéité révolutionnaire
Parution : 14/04/1982
Format papier : 188 pages
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En menant avec éclat la lutte au sein du parti social-démocrate allemand contre les partisans d’une politique de réforme, d’accommodement avec le capitalisme, Rosa Luxemburg contribua à consolider la position de la direction du Parti. Mais elle se rendit compte que celle-ci, si elle proclamait son hostilité absolue au régime en place, privilégiait avant tout la croissance des organisations social-démocrates – parti et syndicats – et était donc soucieuse d’éviter tout affrontement avec le pouvoir susceptible de les affaiblir. Rosa Luxemburg, pour sa part, sentait bien que la lutte des classes, la marche vers la révolution socialiste ne pouvaient se limiter au progrès des organisations, y compris sur le plan électoral.

La révolution russe de 1905, avec son enchevêtrement de grèves et de revendications politiques, ses périodes d’avancée et de recul, allait lui apporter non seulement une expérience de première main d’une situation révolutionnaire, mais lui permettre d’élaborer une conception de la grève de masse comme expression et moyen de la lutte révolutionnaire, un thème sur lequel elle fera campagne de façon répétée jusqu’en 1914. Dès qu’elle put quitter la Pologne où elle avait été emprisonnée, elle rédigea, principalement à l’attention les leçons qu’elle tirait des événements qui venaient de se dérouler dans l’empire russe, et ces réflexions furent publiées dans une brochure intitulée Grève de masse, parti et syndicat.
La grève de masse, telle qu’elle l’avait constatée en Russie et qu’elle la retrouvera dans les années suivantes en Allemagne, n’est pas le produit d’une décision préalable, comme peut l’être une grève isolée, mais un phénomène en tâche d’huile, largement spontané. La spontanéité de tels mouvements, l’attitude que devaient adopter vis-à-vis de ceux-ci les partis se réclamant de la révolution socialiste feront l’objet de nombreux débats et quand le marxisme-léninisme sera devenu hégémonique dans le mouvement ouvrier révolutionnaire, les conceptions de Rosa Luxemburg en viendront à être taxées de « spontanéistes », un terme de condamnation sans appel.

En Mai 1968, les mobilisations de la jeunesse scolarisée et des salariés revêtirent toutes les caractéristiques que Rosa Luxemburg avaient découvertes dans les grèves de masse du début du XXe siècle. Elles provoquèrent également un fort regain d’intérêt pour toutes les expériences révolutionnaires passées et les grandes figures qui en avaient émergé. C’est ce qui amena Daniel Guérin à présenter sous une forme pédagogique les différentes réflexions de Rosa Luxemburg sur le mouvement des masses, la grève et leurs relations avec les partis, et à les compléter à l’aide de différents points de vue. Si la question des relations entre les mobilisations de masse – toujours renaissantes – et les partis n’a plus l’importance qu’elle a pu avoir au XXe siècle, la capacité de ces mobilisations à imposer des changements politiques est redevenue un enjeu majeur pour une grande partie de la population, et c’est pour cela que l’expérience et les réflexions de Rosa Luxemburg demeurent précieuses.

Réalisation : William Dodé