couverture
Réponse à Lénine
Lettre ouverte au camarade Lénine
suivi de deux textes d’Anton Pannekoek sur Herman Gorter
Introduction de Serge Bricianer
Parution : 14/04/1979
Format papier : 112 pages
7.00 €

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En avril 1920, Lénine publie une brochure intitulée La maladie infantile du communisme (le « gauchisme »). En Allemagne, le parti communiste (KPD) créé en janvier 1919 par la réunion de la Ligue spartakiste et des groupes communistes internationalistes vient de connaître une importante scission. Les militants en désaccord avec la décision de la direction de participer aux élections législatives ont été exclus et ont créé le KAPD (A pour Arbeiter) ; aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Italie, des débats similaires sur la tactique divisent ceux qui s’apprêtent à créer des partis communistes.

Ce qui oppose les « gauches » à la politique prônée par Lénine et donc, dans cette période, par la IIIe internationale, est loin d’être insignifiant. Elles rejettent en effet « la discipline de fer et l’absolue centralisation militaire » qui, selon Lénine, doivent être de règle dans le parti communiste. À l’appartenance aux syndicats, elles opposent la formation d’organisations d’usine, « fondues dans un tout et dans un seul ». Enfin, elles rejettent, la participation aux élections, l’action parlementaire, dans lesquelles Lénine voit non seulement l’accès à une tribune, mais encore le moyen d’œuvrer à des compromis avec des partis non communistes et de diviser ainsi les partis bourgeois.

Herman Gorter (1864 – 1927) avait été exclu du parti ouvrier social-démocrate néerlandais dès 1907 pour s’être opposé avec un groupe de militants aux pratiques parlementaires de ses dirigeants, en particulier dans l’hebdomadaire De Tribune qu’ils publiaient. Ils créent alors le parti social-démocrate pour poursuivre leur combat – le futur parti communiste néerlandais. En novembre 1918, à la chute de l’Empire, il se rend à Berlin et participera régulièrement par la suite aux actions des révolutionnaires allemands.

C’est donc comme porte-parole des « gauches » allemandes et hollandaises que Gorter rejette les prescriptions de Lénine. Mais ce n’est pas au nom de principes abstraits ; c’est parce qu’il considère que l’Allemagne de 1920 est toujours dans une phase révolutionnaire, et que dans cette phase, l’action autonome et coordonnée du plus grand nombre, plus que l’obéissance aux ordres d’une direction, est primordiale ; que dans la période révolutionnaire, les syndicats, liés comme ils le sont notamment en Allemagne et en Angleterre à des partis de gouvernement, ne sont d’aucune utilité, voire nocifs ; et qu’enfin l’affrontement révolutionnaire se déroule hors des institutions parlementaires. Et cette révolution se déroule dans des rapports de forces entre les classes entièrement très différents de ce qu’ils étaient dans la Russie de 1917, où la bourgeoisie était faible et l’immense paysannerie pauvre prête à se rallier à une révolution qui lui permettrait de s’approprier la terre.

Gorter pressent que l’influence de l’Internationale va être non seulement inefficace, mais dangereuse, car elle va permettre à l’opportunisme de se développer à l’intérieur même des partis communistes :

« Si seulement vous aviez donné pour objectif à la Troisième internationale, et inscrit dans ses statuts, la création et l’extension de l’organisation économique – sous forme d’organisations d’usine et d’unions ouvrières…et de l’organisation politique en partis rejetant le parlementarisme !...Ainsi auriez-vous d’un seul coup barré la voie aux opportunistes de tous poils. Car ceux-ci n’ont quelque chose à se mettre sous la dent que là seulement où il existe des possibilités de pactiser dans l’ombre avec la contre-révolution…
Mais vous n’avez pas voulu cela. Dès le premier jour, vous avez préféré à des militants conscients et résolus des masses inconscientes en tout ou en partie. La vôtre, de tactique, conduit le prolétariat à une longue série de défaites. »
Cette prédiction de Gorter allait malheureusement se vérifier de la façon la plus tragique. Mais à l’époque, Lénine ne visait certainement déjà plus à « diriger la révolution ouest-européenne », mais à disposer d’organisations défendant l’existence de l’État soviétique.

Réalisation : William Dodé